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Delphi Périgny, chronique d’une mort annoncée

Publié le par rue du blogule rouge

Delphi Périgny, chronique d’une mort annoncée
Delphi Périgny, chronique d’une mort annoncée

De l‘aveu même du député de la circonscription, Olivier Falorni, ce qui va se passer pour Delphi est scandaleux : « Ils ont touché plusieurs millions d’euros de crédit d’impôt de la part de l’État, pour la recherche et ils gagnent de l’argent depuis 2010 ».  (“Sud-Ouest“ du 25/03/2015)

Et ils fermeraient l’usine de Périgny ! L’emploi de 350 personnes est en jeu !

Oh ! La ! La ! Personne ne s’attendait donc à ça ?

C’est vrai, “Sud-Ouest“ n’affirmait-il pas en 2008 que la reprise était là (après les déboires de Delphi depuis 2005 et sa mise en faillite aux USA) « ...D’où les bonnes perspectives pour l’avenir. Les carnets de commande sont remplis pour les deux prochaines années avec un objectif de 2,4 millions d’injecteurs fabriqués en 2009. Alors que le marché automobile se tasse globalement, Delphi peut compter sur la vitalité de certains de ses clients. Oubliée la rumeur, qui avait fait courir le bruit il y a quelques mois, d’une délocalisation en Roumanie. » ?

Il n’y avait donc pas lieu de s’inquiéter !

Mais était-il donc si difficile de savoir à quoi s’en tenir, malgré l’opacité dont s’entoure le groupe de Troy (Michigan) et son déficit volontaire de communication ?

Sans équivoque, la page de Périgny Story consacrée à une revue de médias sur Delphi, indiquait pourtant les délocalisations voulues par l’entreprise américaine depuis 2006 au moins et démontrait la stratégie d’abandon des sites européens élaborée par le  groupe ! En voici quelques étapes :

2006 : Transfert du site de Saragosse (Espagne) vers le Portugal. Fermeture du site de Villeron dans le Val-d’Oise où étaient fabriqués les systèmes de freinage, les alternateurs et les pots catalytiques. Arrêt de la production de compresseurs de climatisation sur le site de Flers-en-Ecrebieux à proximité de Douai (Nord) avec la suppression de 330 emplois.

2007 : Fermeture en Espagne de la principale usine du groupe, à Puerto Real près de Cadix (1600 salariés). Fermeture de l’usine d’Etupes, dans le Doubs (116 personnes). Annonce de la création de 3000 emplois à Tanger (Maroc).

2008 Delphi intensifie ses projets d’implantation en Turquie et en Roumanie, en particulier à Iasi.

2009 : Délocalisation vers “un pays émergent“  de la production des pièces les moins techniques produites sur le site de Périgny : 2 lignes partent en Turquie, 62 emplois sur 590 touchés. Information selon laquelle la direction dit « ne rien savoir ». Le site de Blois (Loir-et-Cher) est également concerné. la direction négocie un plan de mobilité pour le départ de 110 salariés rochelais vers l’usine blésoise. Montée en puissance des sites roumain et turc. À Périgny les salariés installent un barrage filtrant pour empêcher le déménagement des machines.

2010 : “L’exonération fiscale des plus values sur les cessions de participation“, introduite en 2004 par François Copé et Nicolas Sarkozy, se traduit pour l’État par une perte de revenu de plus de 20 milliards sur les trois dernières années.

Annonce de la fermeture sous deux ans du site de Donchéry (Ardennes).

2011 : Annonce du quadruplement, au dernier trimestre de 2011, du bénéfice net de Delphi à 290 millions de dollars et de l’accroissement de son chiffre d’affaires de 7 %, à 3,9 milliards de dollars.

2012 : Annonce d’un 1er trimestre 2012 en progression de l’ordre de 4,7 %, par rapport à 2011.

2013 : Annonce d’un bénéfice atteignant 271 dollars et 87 cents par action, contre 269 dollars et 84 cents un an avant.

2014 : Le “Pacte de solidarité“ coûte 30 milliards de cadeaux fiscaux aux entreprises.

Annonce de la suppression de 150 postes à Périgny et à Blois.

2015 : Annonce de la fermeture programmée du site de Périgny.

Sur notre blog, Rue du Blogule Rouge, nous avions aussi tiré la sonnette d’alarme à plusieurs reprises !

C’est ainsi qu’en 2013, après avoir critiqué,  avec l’ensemble du Front de Gauche, les cadeaux faits aux patrons par les socialistes au pouvoir : (« …20 milliards de crédit d’impôt pour les entreprises financés par 14 milliards  de diminution des dépenses publiques. 6 milliards de nouvelles augmentations d’impôts pour les contribuables. Les marchés financiers sont épargnés par les efforts demandés à chacun d’entre nous. C’est inacceptable ! Conséquences au plan local : une baisse des dotations de l’État aux Collectivités territoriales, des choix municipaux amputant les besoins sociaux et culturels de nos concitoyens… Résistons ! ») (30/09/2013),  nous rendions compte de la manifestation à Périgny des postiers CGT auxquels s’étaient joints « les salariés de Delphi inquiets pour leurs emplois ». (11/10/2013)

En janvier 2014, nous citions encore, toujours dans ce blog, l’article de “Sud-Ouest“ évoquant « l’avenir incertain pour les employés de Delphi à Périgny » et annonçant un plan de départs  “volontaires“   ayant pour « objectif : la suppression de 50 emplois à Périgny et de 100 à Blois (41), la principale unité de Delphi France. La filiale française d'un des tout premiers équipementiers mondiaux pour l'automobile a fait un choix stratégique : se désengager de la France. Un premier plan de départs volontaires s'est déjà traduit en 2009 par la perte d'une centaine de postes. Selon la CGT, il était lié à la création d'un nouveau site de production en Roumanie. En 2014, c'est l'ouverture d'une usine en Chine qui justifie la réduction des effectifs. »  (30/09/2013)

En 2014 toujours, nous citions deux articles de presse, l’un de “L’Usine Nouvelle“ le 28 janvier qui annonçait : « L'équipementier automobile Delphi veut supprimer 136 postes à Blois (Loir-et-Cher) et 66 à Périgny, près de La Rochelle (Charente-Maritime). Les syndicats craignent pour la survie de l'usine charentaise. L'équipementier automobile américain Delphi a présenté une nouvelle version du plan de restructuration de sa branche injection diesel en France, le 27 janvier, à l'occasion d'un comité central d'entreprise à Paris. Lors d'un point presse organisé le 28 janvier à Blois (Loir-et-Cher), le syndicat CGT a expliqué que Delphi voulait supprimer 202 postes en France, au lieu des 150 annoncés… », article que nous avions commenté ainsi : « Et le pacte de responsabilité cher à Hollande et avalisé par le MEDEF, alors, serait-il inutile ? » l’autre deSud-Ouest“ (1/10/2014) intitulé « Coups durs pour l'emploi dans les deux Charentes » et annonçant un « Avenir incertain pour les employés de Delphi à Périgny… »

Nous n’avons pas cessé d’alerter sur cette situation !

Encore un exemple dans notre bulletin  “l’Info de gauche à Périgny“  en octobre 2014, sous le titre : Delphi en alerte maximum“, nous écrivions : « Après un plan social en 2010 et un plan de départs volontaires cette année, qui a vu plus de 150 personnes quitter l'usine qui fabrique des pièces automobiles, les représentants du personnel craignent une fermeture totale du site en 2016. Qu’en dit le maire ? Rien, il ne veut surtout pas de vagues, et se contente de la langue de bois : “les discussions avec la direction sont confidentielles, mais il faut rester vigilant“. La direction, elle, parle de rumeurs, mais le député Falorni, alerté par les syndicats, confirme : “le plus inquiétant, c’est que la direction n’a jamais démenti cette information...“ et il ajoute : “...il ne faut pas oublier que cette société a bénéficié de beaucoup d’argent public pour venir en France et y rester... Ce désengagement (...) est d’autant plus à craindre que Delphi a ouvert une usine en Roumanie et une autre en Chine (...) On devine la stratégie de délocalisation d’une multinationale.“ ».

Et toujours dans, “L’info de Gauche à Périgny“, en février 2015 : « L’inquiétude augmente à Delphi quant à l’avenir de l’usine de Périgny. La direction cache ses intentions et là encore, le maire fait l’autruche. »

C’est qu’en effet, à toutes nos demandes d’éclaircissement ou de prise de position offensive en soutien aux salariés de Delphi, le maire nous a opposé une fin de non recevoir. Au diable veaux, vaches, cochons et même motions ! Surtout, ne pas faire de vagues ! Surtout, ne pas indisposer les entreprises, toutes au contraire, paraît-il, travaillant mieux dans la discrétion – Dans le cas de Delphi on est plus proche de l’opacité totale - ! Ce ne serait pas la vocation d’une municipalité de prendre position sur les problèmes sociaux d’une entreprise, il ne faudrait pas interférer avec ses stratégies économiques…

Nous ne nous berçons pas d’illusion : ce n’est évidemment pas une prise de position municipale publique qui aurait pu s’avérer à elle seule déterminante pour maintenir les emplois de Delphi à Périgny. Mais en contribuant à éclairer nos concitoyens sur la réalité d’un système politico-économique étrange pour ne pas dire opposé aux intérêts du plus grand nombre, elle aurait pu aider à tisser une solidarité et une force non négligeables.

Gageons que cela ne sera pas encore le cas, car comme l’indique “Sud-Ouest“, après avoir évoqué le licenciement possible des 350 salariés :« Toutefois, la réflexion sur le reclassement des employés et sur la recherche d'un repreneur a d'ores-et-déjà été engagée avec les responsables politiques locaux (Communauté d'Agglomération de La Rochelle). Un cabinet d'études a été mandaté par la direction. » Ce qui semble signifier : “pas de vagues, on s’occupe de tout“ !

Dénonçons avec force ce déficit démocratique d’information, ce manque d’éclairage politique ! Est-ce la crainte du débat populaire ?

Comment croire d’ailleurs que ceux qui n’ont jusqu’ici pas levé le petit doigt pour appuyer les salariés vont tout à coup trouver des solutions allant dans leur intérêt ?

Surtout, comment est-il possible de soutenir les mesures financières d’aide aux entreprises –sans aucune contrepartie, aucun engagement pour l’emploi- et ceux qui les ont prônées et les ont mises en pratique, si elles mènent à de tels résultats ?

 

 

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