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Une analyse des récents événements de Grèce

Publié le par rue du blogule rouge

“La semaine qui vient de s’écouler dans le cas grec doit être étudiée avec soin et méthode. L’Eurogroupe a essayé de faire tomber un gouvernement démocratique de l’union européenne. Il s’est agi d’une tentative de coup d’état en vue de soumettre un pays en détruisant son gouvernement et l’idée qu’il incarne aux yeux d’un peuple qui l’avait librement choisi.

Le précédent chypriote

Un pays, Chypre, avait voulu résister à l’application d’un « mémorandum » austéritaire après l’effondrement du système bancaire sous le poids de spéculations semi maffieuses.

Il ne s’était alors pas trouvé un seul député chypriote pour accepter le transfert sur le dos du peuple de l’apurement de ces comptes et le mémorandum fut repoussé à l’unanimité.

La réplique de l’Eurogroupe fut foudroyante. Le verrouillage quasi instantané du circuit financier réussit en quelques jours à faire céder le parlement chypriote qui accepta finalement le mémorandum. Le peuple ne fut pas consulté.

En Grèce, l’Eurogroupe a tenté de reproduire ce coup de force qui avait fonctionné à Chypre.

Paul Krugman, prix Nobel d'économie en 2008 put constater : « La Troïka a choisi de faire une offre à Tsipras qu'il ne peut pas accepter. Elle l'a fait en connaissance de cause. L'ultimatum est fait pour remplacer le gouvernement grec, ce qui devrait être perturbant pour tous ceux qui croient aux idéaux européens ».

L’inacceptable proposition des créanciers

Elle était absurde sur le plan économique : la poursuite de l’austérité aurait aggravé la crise empêchant toute reprise de l’activité en Grèce. Et le principe d’un déblocage des versements par tranches mensuelles jusqu’en novembre actait la poursuite d’un chantage permanent sans donner aucun horizon de long terme à l’économie grecque.

La proposition ne menait nulle part. En refusant de renégocier la dette grecque globalement, les créanciers empêchaient un règlement durable de la situation financière de la Grèce.

De toute façon, si l’on met de côté les gesticulations et les effets d’annonce, un examen, même superficiel, de la proposition de l’Eurogroupe, aurait été vite résumée : le seul but des créanciers était de se sauver eux-mêmes. La quasi-totalité des sommes promises par les créanciers dans leur dernière proposition devait servir à rembourser … les créanciers eux-mêmes ! Cette fuite en avant aurait reporté tous les problèmes liés à la nature et à l’importance de la dette ! L’asphyxie aurait culminé à la date de refus de payer la traite du FMI.

La stupeur de l’Eurogroupe fut que Tsipras convoquât un référendum.

Les manœuvres de désinformation

Pour annoncer tantôt que le vote n’aurait pas lieu, tantôt que le oui semblait l’emporter, la propagande marcha à plein régime.

Sur les télévisions grecques, le « oui » avait portes ouvertes et le « non » portes closes.

La guerre médiatique reposa d’abord sur des armes de désinformation massive.

Il est d’ailleurs intéressant de voir comment les bruits les plus absurdes furent répercutés en France sans aucune vérification.

Alors que tous pariaient sur l’annulation du référendum, Tsipras parla. Et là, « coup de théâtre ! » comme l’écrivit le site internet du Point : « Tsipras confirme son appel à voter non » et le référendum ! Diantre, un dirigeant qui ne change pas d’avis en trois jours, comment est-ce possible ?

Toute la semaine, un nombre considérable de médias français ont purement et simplement recopié les éléments de langage de leurs homologues grecs dont même le journal le Monde dit qu’ils « assument leur subjectivité ».

Ainsi quand le site internet de BFMTV écrivit le mardi 30 juin que « « le gouvernement grec pourrait appeler à voter « oui » au référendum » (Rien de moins !). À peine plus mesuré, le site internet de 20 minutes écrivit le lendemain qu’« Athènes n'exclut en tout cas pas de suspendre le référendum prévu dimanche ». La palme revint comme souvent à Libération qui passa la journée du 1er juillet à écrire que « Alexis Tsipras est prêt à accepter la plupart des demandes des créanciers ».

Une campagne en réalité très désordonnée

On aurait tort de croire à une campagne de l’eurogroupe ordonnée.

L’effet de système fonctionna ici à plein. Sous l’effet de la doxa dominante et sous le prisme de la vision allemande (pour faire court) du problème posé, les médias se sont surtout intoxiqués eux-mêmes. Et ils ont intoxiqué les dirigeants qui se sont pris à croire à leur propre propagande sans tenir aucun compte des alertes reçues de longue date sur le sujet.

Pris de court, les chefs de l’Eurogroupe se sont affolés au pire moment pour eux. Voyez l’activité de François Hollande : il semble n’avoir pris conscience seulement cette semaine de la gravité de la crise qui s’ouvrait. Il avait longtemps pensé qu’elle n’aurait pas lieu et que tout finirait par s’arranger comme d’habitude. Lui, comme les autres, n’a pas cru que Tsipras résisterait. Et encore moins qu’il se dégagerait du piège en le retournant contre ses auteurs avec ce referendum. Ils ne pouvaient pas croire à un referendum convoqué pour une semaine plus tard !

Rappelez-vous que ces gens avaient détruit sans coup férir deux gouvernements dans le passé, celui de Berlusconi et celui de Papandréou, en nommant à leur place, dans les deux cas, un « technocrate » directement issu du sérail de la bureaucratie européenne.

Dès lors, ils ont cru tout possible.

C’est Arnaud Leparmentier, éditorialiste du journal Le Monde qui a, en quelque sorte, vendu la mèche. Il écrivit dans son journal le 18 juin : « La Grèce doit trouver un accord avec les Européens. Signé par Alexis Tsipras ou un autre, peu importe. Il existe des précédents peu reluisants. C'était en novembre 2011, au G20 de Cannes, au plus fort de la crise de l'euro : le premier ministre grec, Georges Papandréou, et l'Italien Silvio Berlusconi avaient comparu au " tribunal de l'euro " devant Sarkozy, Merkel et… Obama. Bien sûr, ils ne furent pas renversés par un putsch comme de malheureux démocrates sud-américains victimes de la CIA. Mais, de retour dans leur pays, ils ont comme par miracle perdu leur majorité. Papandréou fut remplacé par le banquier central Papademos, et Berlusconi, par l'ex-commissaire européen Mario Monti. Imaginons donc un scénario de crise : (…) constitution d'un gouvernement d'union nationale, avec ou sans Tsipras ; (…) retour des négociateurs à Bruxelles-Canossa. Odieusement antidémocratique ? Les Grecs jouent au poker. Pourquoi pas nous ? ».

Aucun des dirigeants de l’Eurogroupe ne se donna le mal de penser et de s’informer

Il y a longtemps qu’ils n’avaient plus rencontré quelqu’un qui fait de la politique en mouvement en se servant des règles du jeu pour mieux les rendre inopérantes. Pour eux, les dix années qui viennent d’avoir lieu en Amérique latine pour sortir des mêmes problèmes de « politique d’ajustement structurel » n’ont pas eu lieu. Ils ne se sont intéressés à rien. C’était une affaire de latinos ! Ils se sont totalement aveuglés. Rien ne s’est passé comme prévu parce que tous ces gens ne fréquentent plus depuis longtemps personne qui soit capable d’audace. Ni de ruse avec des actions qui utilisent une situation pour la retourner contre ses inventeurs. Au moment où le referendum a été lancé, ce fut la panique à bord dans l’Eurogroupe. Ils ne s’y attendaient pas.

À partir de là, plus de pilote dans l’avion chez les eurocrates.

Les uns ont joué la désinformation (« le referendum est annulé », « Tsipras accepte les conditions » etc. Le but constant semblait être de désamorcer la crédibilité du référendum lui-même soit pour l’annoncer annulé soit promis à un résultat « serré ». Au point sans doute d’y croire eux-mêmes.

Les autres ont joué la campagne pour le « oui ». Ce fut d’abord le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, demandant au peuple grec « de voter oui, quelle que soit la question » !

Ce fut ensuite François Hollande faisant pression insidieusement en agitant les épouvantails, comme il l’avait déjà fait à l’élection législative précédente: « si c’est le « oui », la négociation peut très facilement s’engager. Si c’est le « non », on rentre dans une forme d’inconnu ».

Ou bien, comme Merkel, il y eut ceux qui essayèrent de changer la question pour faire croire que le référendum ne portait pas sur l’acceptation de la proposition des créanciers mais qu’il « est évidemment lié au maintien dans l'euro ».

Des sociaux-démocrates allemands particulièrement impliqués dans ces basses œuvres

C’était le prix à payer en tant qu’allié de Mme Merkel au gouvernement de l’Allemagne.

Ainsi Martin Schulz, président du Parlement européen : pour lui « Alexis Tsipras est imprévisible et manipule les gens en Grèce, cela a presque un caractère démagogique ». Relevez au passage que les mots sont les mêmes pour cet ami de François Hollande que chez Sarkozy. Martin Schulz a surtout confié qu’il espérait la victoire du « oui », permettant « la fin de l’ère Syrisa » et l’arrivée d’« un gouvernement de technocrates pour que nous puissions continuer à négocier» ! Là encore, comme Sarkozy qui avait appelé Tsipras à démissionner en cas de victoire du « oui » !

Au parti social-démocrate allemand, Martin Schulz n’était pas le seul sur cette ligne. Le président de son parti, aussi vice-chancelier d’Allemagne et ministre de l’Economie de Mme Merkel, Sigmar Gabriel, avait donné la consigne : il appelait carrément à ce que Tsipras « annule le référendum ». Les sociaux-démocrates n’étaient déjà plus sociaux, désormais ils n’étaient même plus démocrates ! Il alla même plus loin que Mme Merkel dans la désinformation. Alors que Merkel disait que le référendum était « lié au maintien dans l’euro », Sigmar Gabriel ne s’embarrassa pas d’une telle subtilité. Pour lui, la question était "oui ou non au maintien dans la zone euro". Son hostilité le conduisit à un aveu de taille. Il déclara en effet que le problème tenait au fait que le gouvernement grec voulait en fait "politiquement, idéologiquement une autre zone euro" que celle qui existe. Or les sociaux-démocrates européens, notamment allemands, sont convertis à l’ordo-libéralisme. Pour eux, le peuple est le problème. Il ne doit pas se mêler d’économie, ni même de politique d’ailleurs ! C’est ce qu’a dit crument le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker en affirmant qu’ « il ne peut pas y avoir de choix démocratique contre les traités européens », quatre jours après l’élection de Tsipras en janvier !

Bilan résumé de la méthode du coup d’état tenté et échoué.

Premier temps : à l’approche d’une échéance de remboursement, créer une crise de petite ampleur bien maitrisable mais dramatisée à l’extérieur. Là, la crise fut déclenchée pour 1,5 milliards dus au FMI alors qu’il y avait 19 milliards encore en réserve pour la Grèce à la banque centrale européenne ! A ce moment-là ils savaient que les prochaines traites arrivaient en juillet et qu’il fallait en finir avant avec Tsipras. De cet instant data le durcissement de l’étranglement financier.

Deuxième temps : après un premier niveau d’étranglement financier, le second vint par un resserrement brutal de l’accès à l’argent liquide pour créer la panique et les effets d’effondrements partiels qui impressionnent et terrorisent.

Troisième temps : une campagne de doute sur la détermination de l’adversaire pour ébranler ses soutiens.

Quatrième temps : jeter dans la balance tous les émetteurs médiatiques pour disqualifier et inverser le sens du tableau.

Rien n’a marché.

Comment ont-ils pu passer à côté de la perception d’un peuple qui s’apprêtait à voter aussi massivement de cette façon ?

61 % de non constitue une victoire immense et sans appel. Elle explose la situation en retournant le piège du chantage contre ses auteurs.

Que peuvent-ils faire à cette heure ? Tsipras a rassemblé tout son pays et enfoncé sa propre opposition interne qui dorénavant fait bloc au moins dans cette phase avec lui face à l’union européenne.

Cette victoire éclatante ouvre donc une nouvelle page en Europe. Le choix est désormais entre l’austérité et la démocratie. Le peuple grec a choisi son camp. Et nous avec lui !

Des créanciers obligés à présent de négocier pour trouver une solution qui ne les ruine pas.

Ils doivent donc céder et peu importe la forme que prendra leur capitulation !

Il faut organiser la restructuration de la dette grecque.

Commençons par décréter un moratoire pour discuter calmement des moyens techniques pour alléger le fardeau pour la Grèce.

Mais le problème est plus global. La dette publique grecque n’est pas la seule dette illégitime et insoutenable en Europe. Il faut organiser une conférence européenne sur les dettes souveraines pour discuter du problème dans son ensemble et tenir compte des implications des décisions à prendre pour chaque pays sur ses voisins et l’équilibre financier en Europe. Evidemment, la France s’honorerait de prendre une telle initiative.

La balle est désormais dans les mains de l’Eurogroupe et de la Banque centrale européenne.

La situation est la suivante : la Grèce ne veut pas sortir de la zone euro et aucun mécanisme n’existe dans les traités pour l’en exclure. Les discussions sur une éventuelle sortie de la zone euro sont donc de la propagande. Sauf à vouloir préparer les esprits à un coup de force supplémentaire, d’une ampleur inédite. La BCE peut techniquement éjecter de fait la Grèce de la zone euro. Il « suffirait » pour cela de couper définitivement tout accès aux liquidités en euros aux banques grecques. Celles-ci s’écrouleront alors en quelques heures, obligeant le gouvernement grec à les nationaliser ou la banque de Grèce à leur fournir d’autres liquidités que des euros.

Les conséquences sur le système bancaire et financier européen et mondial seraient imprévisibles. Surtout, aucun traité ne prévoit ce droit pour la BCE ni pour personne dans l’Union européenne. L’euro est aussi la monnaie de la Grèce. Il lui appartient autant qu’aux autres. Le blocus monétaire déjà en vigueur est déjà une agression. L’éjection de la Grèce serait un acte de guerre. Une guerre dont les perdants principaux serait le reste de l’Europe ! Sans oublier la commotion du capitalisme mondial. Le point ne serait sans doute plus loin ou bien des gens se diraient que mieux vaut changer de place madame Merkel que monsieur Tsipras !“

(Résumé de l'analyse faite par Jean-Luc Mélenchon sur son blog)

 

 

10 phrases chocs du discours d’Alexis Tsipras devant le Parlement européen

 

1 - « Nulle part ces programmes (d’austérité) n’ont été aussi durs et longs qu’ils ne l’ont été en Grèce. Mon pays est devenu un champ d’expérimentation de l’austérité. L’expérience a échoué : le chômage, la pauvreté, la marginalisation sociale ont explosé. »

 

2 - « Nous souhaitons un accord avec nos partenaires, mais un accord qui montre qu’il y a de la lumière au bout du tunnel. »

 

3 - « Je ne suis pas de ceux qui prétendent que tous les maux du pays sont à mettre sur le dos des étrangers. Si la Grèce est dans cette situation, c’est parce que, pendant des décennies, les gouvernements ont gouverné de façon clientéliste, sans contrôler la fraude fiscale. »

 

4 - « Ne laissons pas l’Union européenne se transformer en division de l’Europe. Nous voulons un compromis raisonnable pour éviter une rupture.»

 

5 - « Nous sommes déterminés, non pas à chercher l’affrontement avec l’Europe, mais à nous attaquer aux mentalités qui ont enfoncé la Grèce et la zone euro avec elle. »

 

6 - « Nous devons aboutir à une solution durable à la dette. Il ne doit pas y avoir de question taboue. Nous devons trouver une solution, aussi difficile soit-elle. »

 

7 - « Jusqu'à maintenant, les fonds européens ont été affectés au sauvetage des banques, ils ne sont jamais parvenus au peuple grec. »

 

8 - « Que les choses soient claires, les propositions du gouvernement grec pour financer ses obligations et restructurer sa dette ne visent pas à faire supporter ces charges par le contribuable européen. »

 

9 - « Si l’Europe n’est pas démocratique, elle aura beaucoup de mal à survivre aux moments difficiles que nous traversons. »

 

10 - « Le choix du peuple grec n’est pas le choix de la rupture avec l’Europe, mais celui du retour aux principes fondateurs : démocratie, solidarité, respect mutuel, égalité. »

 

Le dossier de la dette grecque

 

Voir ici le Compteur de la dette publique mondiale et par pays

 

La dette publique grecque s'élevait à 171,3% du PIB à la fin de 2011 et 177,1% du PIB à la fin de 2014.

En volume, elle atteignait le montant de 355 milliards d'euros à fin 2011 et 317 milliards d'euros à la fin de 2014.

La finance internationale porte la responsabilité dans la crise de la dette publique grecque. Ce sont des taux d’intérêts excessifs qui en ont provoqué l'envolée : « Si le taux d’intérêt sur la dette grecque n’avait pas dérapé entre 1988 et 2000, le ratio dette/PIB aurait été en 2007 de 64,4 % au lieu de 103,1 %, soit un différentiel de 38,7 points de PIB ».

La Grèce réclame donc un allègement de la dette, sa restructuration et plus de liberté dans la politique budgétaire. Non seulement ces revendications ne sont pas illégitimes mais encore, elles ont une véritable justification économique.

(… comme pour l’Allemagne en 1953...

Alexis Tsipras rappelle que de nombreux pays, dont la Grèce, ont accepté en février 1953 une réduction de la dette extérieure de l’Allemagne de plus de 60% de façon à lui permettre de poursuivre son redressement. Et la suite de l’histoire prouve qu’ils ont eu raison: compte tenu de l’enrichissement ultérieur de l’Allemagne et des échanges commerciaux avec elle, ces pays ont finalement gagné plus que s’ils s’étaient arc-boutés sur le paiement intégral de la dette accumulée avant et après la Seconde Guerre mondiale.)

 

 

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