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La surprenante histoire de la pollution de l’Animas river

Publié le par rue du blogule rouge

       C’est comme une histoire du Far West : Des Indiens, des mines d’or abandonnées… Ça se passe dans les Rocheuses, dans l’ouest américain… Tout le monde n’a-t-il pas dans la tête les grands espaces, les paysages spectaculaires de Monument Valley, tout le monde ne ressent-il pas la dramatique de la BD : “Blueberry et la mine de l’Allemand perdu“ ? …

Mais dans la série des pollutions au nom du fric triomphant, c’est malheureusement une histoire vraie : celle du capitalisme destructeur !

L’épisode actuel est récent : il date du mois dernier !

Connaissez-vous la rivière des âmes perdues ?

“Le rio de las animas perdidas“ fut ainsi nommé en 1765 par l’Espagnol Juan Maria de Rivera venu dans les montagnes de San Juan depuis Santa Fe à la recherche de l’or, à la demande du Gouverneur de la province du Nouveau Mexique, Tomas Velez Cachupin.

La surprenante histoire de la pollution de l’Animas river

       La rivière Animas prend sa source dans le sud-ouest de l’état du Colorado, au pays des “ghost towns“, les villes fantômes, et coule en direction du sud. Elle est bien connue des adeptes du rafting et des pêcheurs de truites. Après avoir parcouru un peu plus de deux cents kilomètres, elle se jette à Farmington dans la San Juan River, elle-même affluent du lac Powell proche de la ville de Page, en Arizona. Ce lac est aussi traversé par le Colorado qui, après avoir dévalé le Grand Canyon sur 450 km, fournira l’eau du lac Mead, le pourvoyeur d’eau de Las Vegas au Nevada et de la Californie du Sud. Si l’Animas appartient à l’État du Colorado, la San Juan traverse aussi, sur environ 600 kilomètres, dont la moitié après son confluent avec l’Animas, le nord-ouest du Nouveau Mexique, le nord de l’Arizona, et le sud de l’Utah. Elle permet entre autres aux Indiens de la réserve navajo, la plus grande réserve indienne des Etats-Unis, les Dinehs, d’irriguer leurs cultures et d’abreuver leur bétail.

Carte de la réserve Navajo

Carte de la réserve Navajo

La pollution du 5 août 2015 : du très lourd !

Ce jour-là, plus de 10 millions de litres d’eau fortement polluée au plomb, à l’arsenic et au cadmium ont été déversés dans Cement creek, un affluent de l’Aminas River.

La pollution a été spectaculaire, car un panache jaune orangé du plus bel effet, dû à la présence d’oxyde, s’est alors constitué sur plus d’une centaine de kilomètres. 

La surprenante histoire de la pollution de l’Animas river

La pollution a été grave car l’eau déversée était très acide et saturée de métaux tels le plomb, l’étain, le cadmium et contenait aussi de l’arsenic.

Ces métaux lourds se déposent au fond de la rivière et non, ils ne sont pas solubles dans l’eau !

D’où pouvait bien venir cette pollution ?

D’une mine d’or désaffectée, la King Gold.

Entrée de la King Gold mine

Entrée de la King Gold mine

Quelle en était la cause ?

La rupture de l’enceinte d’un bassin de confinement  des eaux polluées de la mine. 

Pourquoi l’enceinte s’était-elle rompue ?

Incroyable mais vrai, l’enceinte de confinement des eaux polluées avait littéralement explosé à la suite de travaux effectués par l’EPA, l’agence fédérale américaine de lutte contre la pollution qui cherchait, paraît-il, à poser une sorte de robinet sur l’ouvrage !

Comment s’est-on rendu compte de la pollution ?

Il aurait fallu être aveugle pour ne pas la voir lorsque le panache jaune est arrivé dans les villes et dans les zones de loisirs, surprenant même certains kayakistes pendant leurs ébats nautiques, bien que l’EPA ait attendu 24 heures pour avertir les autorités du Nouveau Mexique et celles de la réserve Navajo. Sa présidente, s’est pourtant par la suite déclarée “très affectée“ par cet accident.

 

L'image se passe de commentaires, non ?

L'image se passe de commentaires, non ?

Chronologie d’une  rapide extension

  • Le 7 août, la pollution atteignit Aztec, au Nouveau Mexique, et le lendemain, Farmington.
  • Le 8 août, les zones concernées furent déclarées en état de catastrophe naturelle par le gouverneur démocrate du Colorado, John Hickenlooper. 
John Hickenlooper

John Hickenlooper

  • Le 10 août, alors que la pollution atteignait la San Juan River et dépassait Shiprock en pays navajo, la rivière Animas fut fermée à toute activité jusqu’à nouvel ordre et les officiels en interdirent l’accès. Les résidents propriétaires de puits furent avertis d’avoir à faire analyser leur eau avant de pouvoir l’utiliser pour la boisson ou même pour l’hygiène.
  • Le 11 août, Suzanna Martinez,
Suzanne Martinez

Suzanne Martinez

Gouverneur républicaine du Nouveau Mexique, décrétait l’état d’urgence.

  • Le 12 août, la pollution était attendue aussi loin que le lac Powell. Elle mit un peu plus de temps que prévu mais atteignit le lac le 14. Cependant, le département de l’Utah pour la qualité de l’eau expliqua que la contamination serait rapidement diluée au point que tout danger serait écarté pour la consommation d’eau.

Effectivement, des mesures effectuées par l’EPA montrèrent que le niveau de pollution était revenu aux valeurs connues avant l’accident à la King Gold et peu importait si ces mesures avaient été effectuées à partir de prélèvements “en eaux de surface“. D’ailleurs, des cages à poissons, immergées pendant quelques temps puis remontées, avaient montré des animaux encore vivants, alors hein !

De nombreuses municipalités et circonscriptions riveraines, y compris la nation navajo, interdirent pourtant  la consommation d’eau pour les habitants comme pour le bétail et l’irrigation des cultures. On demanda à tous, humains et animaux,  d’éviter d’entrer en contact avec l’eau de la rivière.

Y a plus de saisons ! Même les Indiens ne veulent plus avaler de couleuvres !

Le Conseil tribal navajo réuni en session extraordinaire  déclara l’état d’urgence.

 

Russel Begaye

Russel Begaye

Russel Begaye, président des Navajos, dut aussi mettre en garde la population contre une tentative de l’EPA de faire signer aux fermiers un formulaire exposant que l’Agence ne serait pas responsable pour les dommages éventuels au bétail ou aux cultures.

Pendant ce temps, le 13 août, à Window Rock (la capitale de la réserve Navajo), alors que le sénateur de l’Arizona, John Mac Cain (ancien candidat malheureux à la Maison Blanche en 2008 face à Barack Obama) et le gouverneur (républicain) du même état, Doug Ducey, pensant être parvenus au terme des négociations qu’ils avaient entamées avec le Conseil de la Nation Navajo pour leur transmettre de belles paroles de soutien et accessoirement éviter un procès, étaient prêts à remonter dans leur SUV, des jeunes Navajos en costume traditionnel manifestèrent leur colère et leur hostilité aux cris de “l’eau, c’est la vie“ mais aussi “tueurs d’Indiens“ et “Dégagez de notre terre“. 

John Mac Cain et Doug Ducey
John Mac Cain et Doug Ducey

John Mac Cain et Doug Ducey

Malgré la police de l’Arizona et la police tribale, qui usèrent de la force pour tenter de les séquestrer dans l’enceinte d’un musée, ils firent un brin de conduite aux deux politiciens jusqu’à l’aéroport.

  •         Le 22 août, en dépit des assurances prodiguées par l’EPA, les fermiers navajos votèrent, à la quasi unanimité, la non utilisation de l’eau de l’Animas River pendant un an, malgré l’annonce du président tribal de la réouverture des canaux d’irrigation.

Dans la foulée, le conseil tribal votait un crédit de 500 000 dollars pour mener à bien des études sur la pollution à long terme.

  •     Du coup, le 4 septembre, Russel Begaye, après avoir réclamé en vain que l’EPA, qui reconnaissait sa  responsabilité dans cette pollution, soit remplacée par une autre agence fédérale, annonçait qu’il allait faire venir la semaine prochaine (semaine du 7 au 14 septembre 2015) la célèbre activiste environnementale et avocate Érin Brockovich,
Erin Brockovich

Erin Brockovich

celle-là même qui avait, en 1996,  fait rendre gorge à hauteur de 333 millions de dollars à la Pacific Gas and Electric Compagny dans une sordide affaire de pollution de l’eau en Californie et de maladies graves qu’elle avait provoquée, histoire qui avait inspiré en 2000 un film à Steven Sodhenberg, (dans sa version française intitulé “Érin Brockovich, seule contre tous“) avec Julia Roberts dans le rôle principal.

Affiche du film “Erin Brockovich, seule contre tous“

Affiche du film “Erin Brockovich, seule contre tous“

Cependant, on parle maintenant non d’une “fuite“ de 10 millions de litres mais plutôt de 20 millions de litres !

On en est là aujourd’hui, mais on peut assez facilement prédire que d’autres occurrences de pollution de ce type se produiront là-bas à l’avenir.

Il existe en effet environ un demi million de sites de mines abandonnées sur le territoire des Etats-Unis, dont plus de vingt-trois mille au Colorado ! L’État n’a pas les ressources suffisantes pour “monitorer“ toutes ces mines et l’augmentation de la pollution des eaux qu’elles génèrent est incalculable. Quelques-unes ne représentent que des distorsions mineures, mais d’autres ont clairement été la cause d’épisodes de pollution majeurs, provoquant l’apparition parfois de torrents d’eaux panachées de haute acidité et de minerais métalliques.

D’autres épisodes de pollution se sont déjà produits par le passé.

  • En 1973, un mélange de neige compactée avait provoqué une brèche dans une mare secondaire, envoyant des milliers de tonnes de déchets dans le lit de l’Animas.
  • En 1978, une équipe explorant une prometteuse veine d’or avait percé un trou trop près des anciennes eaux glaciaires situées en haut de la mine. Le lac Emma s’engouffra dans la mine, emplissant les ouvrages d’eau  d’un million de tonnes de boue, et la martela avec la force d’une locomotive de vingt tonnes. Le “Tunnel américain“ se transforma en geyser, propulsant l’eau en l’air à plus de cent pieds de hauteur. Tout ce qui resta du lac Emma fut un cratère équivalent à trois terrains de football. Heureusement, personne ne fut tué ; l’éruption du lac s’était produite un dimanche après-midi alors que toutes les équipes étaient à la maison.
  • Plus récemment, en 2001, la Mogul, mine également contiguë à la King Gold avait aussi connu un épisode semblable, déversant elle aussi dans Cement Creek jusqu’à 500 litres d’eau polluée à la minute.

Son ancien propriétaire, Todd Hennis, fit, il y a dix ans (en 2005), cet hallucinant récit de ses  tribulations dans la Mogul :

Todd Hennis

Todd Hennis

       « Je n’appartiens pas à cette sorte d’homme qui  sous estime les dangers qu’il y aurait à s’aventurer seul à l’intérieur d’une mine abandonnée. La première fois  que j’ai pénétré dans la Mogul, une ancienne et florissante mine d’or haut perchée dans la région de la San Juan, près de Silverton, j’avais pris la précaution de m’entourer d’une équipe de professionnels de l’Utah pour effectuer une reconnaissance. C’était en 1996. Je ne revins pas dans la mine avant 5 années.

Diplomé d’économie d’Harvard, j’avais acheté la Mogul en m’acquittant des taxes dont elle était anciennement grevée. C’est un des inconvénients des mines autrefois exploitées de manière extensive dans le célèbre district d’Eureka, générateur de colossales fortunes dorées il y a un siècle.

Mais je n’ai jamais eu l’intention d’exploiter la Mogul moi-même.

Je n’étais pas idiot. Je voulais d’abord mettre à jour  les informations géologiques, évaluer les réserves prouvées avant de demander à une entreprise qualifiée de s’occuper de l’exploitation.

Avant ma première incursion dans la mine, j’avais passé des semaines à déblayer à la main l’entrée des rochers perdus et à en écarter les troncs qui l’obstruaient. Mon équipe de reconnaissance trouva un passage qui pénétrait de  plusieurs centaines de pieds dans la mine, atteignant un point où un peu d’eau venait lécher la base des murs - une infiltration probablement causée par un cours d’eau en amont-. Les 300 derniers pieds du boyau principal étaient secs.

Ma seconde visite faillit me tuer. Elle fut provoquée par un appel alarmant des fonctionnaires de l’État qui m’informaient que la Mogul était en train de déverser 165 gallons par minute d’eau saturée en métaux, occasionnant ainsi la plus grande source de pollution de tout le bassin supérieur de l’Aminas River. J’étais sidéré : un débit de 165 gallons par minute, c’était plus de 5 fois  le débit que j’avais pu constater quelques années plus tôt.

À la fin de l’été 2001, accompagné d’un géologue de l’État, je revins donc à la mine à la recherche de plus d’informations.

Nous découvrîmes un entassement de rochers perdus et des troncs jusqu’à 35 pieds à l’intérieur de la mine ; une grande réserve d’eau était prisonnière derrière ce verrou. Je testai la qualité de l’air, posai un tuyau à travers les débris pour drainer la piscine, puis revins une heure plus tard, vêtu d’une combinaison, équipé d’une lampe frontale et porteur d’autres équipements. Pendant que le géologue d’État était occupé ailleurs, je pénétrai jusqu’à mi cuisse dans l’eau polluée en direction de l’obstacle, déterminé à le nettoyer.

Je n’avais cependant pas apporté mon matériel pour tester l’air avec moi. Après que le tuyau se soit brisé en passant à travers les débris, le passage de la mine s’était rempli de l’atmosphère régnant de l’autre côté, qui était riche en azote et en dioxyde de carbone mais ne contenait que peu d’oxygène. Après 90 secondes à l’intérieur de la Mogul, je sentis que “quelque chose de noir m’environnait“. Au début, je crus que c’était seulement dû à un cruel manque de condition physique. Lorsque je compris que l’air était vicié, j’étais prêt à exploser. Si j’avais continué à avancer, je me serais trouvé dans 3 pieds d’eau gluante, avec 20 kilos d’équipement à porter.

Utilisant mes dernières forces, je parvins cependant à faire marche arrière vers l’extérieur avant de succomber à l’évanouissement.

Nous attendîmes toute une semaine pour que l’air vicié s’échappe, puis je retournai sur les lieux avec de l’éclairage et un dispositif de contrôle de l’air. Cette fois, je lui fis franchir l’amas de débris puis le petit cours d’eau dont j’avais noté l’existence en 1996. La zone qui avait été asséchée précédemment était maintenant un marécage de précipité de métaux et d’eau.

C’était comme si j’étais dans une piscine de mélasse. Plus loin, cela faisait du bruit comme aux chutes du Niagara. J’avançais encore de  300 pieds et l’eau coulait à seaux, venant d’au-dessus de ma tête. On pouvait parler d’un vrai torrent. »

(traduit de l'anglais, tiré d'un article de Alan Prendergast dans westword.com du 1er septembre 2005)

D’où venait cette eau ?

Hennis avait des  soupçons et ses investigations l’avaient déjà plongé dans une longue bataille d’arguments juridiques avec ses voisins propriétaires de mines, en particulier la Sunnyside, le département de la Santé et les officiels des mines et l’Agence de Protection de l’Environnement.

Les cartes officielles de opérations de mine montraient que les ouvrages souterrains des deux mines étaient connectés à un niveau. Les analyses de la nouvelle pollution montraient un haut niveau de fluor et un officiel du service fédéral de surveillance géologique avait dit à Hennis que la principale source de fluor était la piscine de la Sunnyside elle-même.

Encore plus probant étaient les documents dont il avait eu connaissance des accords établis entre l’État et la Sunnyside. Un mémo de 1995 aux officiels de la WCQD, que Hennis appela “le canon fumant“ exposait les calculs de la Sunnyside sur les risques inhérents à l’exploitation de sa mine :

« Des quantités limitées d’eau peuvent s’échapper à travers la veine Brenneman après avoir rempli la piscine de la mine. »

La Veine Breneman constituait une voie d’accès directe de la Sunnyside à la Mogul. Un consultant de la Sunnyside avait d’ailleurs prédit que si la piscine de la mine trouvait un chemin préférentiel en suivant cette voie elle se déchargerait dans la Mogul à un rythme de 160 gallons par minute. « Et ceci, précisait Hennis, fut précisément ce qui arriva. Ils avaient prédit l’avenir à la perfection. »

Mais les officiels de la Sunnyside n’étaient pas d’accord avec les conclusions d’Hennis. Ils proclamèrent que leur piscine n’avait jamais atteint le niveau qui l’aurait connectée avec la Mogul- Bien que depuis la fermeture par cloison étanche, les calculs concernant le remplissage de la piscine ou sa toxicité soient devenus impossibles. Et de suggérer que l’accroissement du flot d’autres mines pouvait simplement être le signe que l’aire “naturelle“ hydrologique avait été restaurée.

Larry Perino, le directeur du contentieux de la Sunnyrise Gold, compara la situation au bouchage d’un drain. « L’eau qui aurait normalement coulé à travers l’American Tunnel s’en va maintenant ailleurs, mais ça ne veut pas dire que la mine fuit. Un des scénarii est de penser que l’eau que nous avons traitée n’est tout simplement plus là. L’eau va simplement là où elle a l’habitude d’aller. »

Les membres du groupe d’investisseurs de l’Animas River, une coalition d’agences locales ou d’État ou fédérales, de compagnies minières et autres, intéressées dans la protection et l’amélioration du bassin versant, expliquèrent de leur côté, par la voix de Bill Simon, le coordonnateur du groupe : « Après que l’occlusion de la Sunnyside soit effectuée, les deux mines, la Mogul et la Gold King ont commencé à déverser de plus en plus d’eau mais il serait bête de prétendre que ça puisse venir de la piscine de la mine, nous n’en savons rien ! »

Les tribulations de la Sunnyside Gold Corporation

Découverte en 1873, la mine de la Sunnyside avait été l’une des plus riches découvertes du sud ouest du Colorado et elle a eu une plus grande longévité que beaucoup d’autres. A côté de l’or, cette mine produisit de l’argent, du plomb et du zinc sans interruption jusqu’à la Grande Dépression. Fermée en 1923, elle revint en activité grâce à de nouvelles technologies à la fin du vingtième siècle. Mais les lois environnementales et quelques bourdes concernant l’hydrologie avaient fait de la Sunnyside un gouffre financier de plus en plus onéreux.

À un moment le plus grand employeur du comté de San Juan, Sunnyside stoppa l’exploitation de sa mine en 1991 et annonça alors vouloir dépenser des millions de dollars pour en nettoyer le site et traiter l’eau toxique qui en coulait. En 1985, Echo Bay, une compagnie minière canadienne avait racheté la mine pour 20 millions de dollars. Six ans plus tard, la Sunnyside était fermée pour de bon. La fermeture de la mine eut un effet dévastateur sur le comté de San-Juan, qui  devint le moins peuplé des comtés de l’État. « Nous avons perdu la moitié de notre population » rappelle Beverly Rich le Trésorier du comté et Président de la Société d’histoire du comté de San-Juan. « Nous sommes passés d’environ deux cents enfants à seulement quarante-trois dans notre école. Nous avons perdu un tiers des revenus par l’impôt du comté. Nous avons perdu beaucoup de nos pompiers volontaires -et de bons jobs bien rémunérateurs. La mine ça paye bien et les jobs autour du tourisme ne font pas la maille. »

La Sunnyside Gold Corporation et le bureau d’État du Contrôle de la Qualité de l’eau, dépendant du département de l’Environnement et de la Santé du Colorado, passèrent un marché sur la base d’un jugement de la cour de Denver. Le jugement autorisait la Compagnie à sceller la mine en installant des cloisons étanches et des portails hermétiques qui laissaient le site inondé, ceci en échange d’une participation de la compagnie à d’autres projets concernant la qualité de l’eau dans le bassin de l’Aminas.

L’eau piégée provenant aussi de plusieurs autres mines dans la région augmenta significativement après la fermeture hermétique du site de la Sunnyside.

Encore, en 2002, Sunnyside accepta de payer des nettoyages supplémentaires en contrepartie de sa stratégie de désengagement, incluant le paiement du scellement de la Mogul. Dans le même temps, la compagnie fut autorisée à transférer son permis et à se  décharger sur un plus petit opérateur, la Standard Métals, lequel s’était battu pour  remplir ses obligations de traitement du flot restant du maintenant encloisonné “Tunnel Américain“, un des points de drainage primaires de la mine de Sunnyside.

C’est ainsi que, en 2004, après une série de reculs financiers et légaux, le plan de traitement des eaux du “Tunnel Américain“, une autre mine,  fut clôturé. Depuis l’eau chargée de zinc et d’acide a coulé sans être traitée de l’Americain Tunnel vers la Cement Creek, qui rejoint l’Animas River à Silverton.

 “La qualité de l’eau à Cement Creek a toujours été très bizarre, explique de son côté Sarah Johnson, la directrice de l’Unité de contrôle du WQCD (division de contrôle de la qualité des eaux). « Il y a dans cette eau une présence de beaucoup d’éléments chimiques que nous ne comprenons pas. Il y a ce problème déconcertant de sources diffuses de zinc sur la ligne de partage des eaux. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas de problème, ça le rend seulement plus confus. »

Les négociations “protégées“ avec Sunnyside ont eu le meilleur résultat possible, affirme Johnson. Elle défend la décision de l’État de ne pas réclamer le reste des 5 millions dus sur la base de la découverte d’eau de mauvaise qualité à un seul point de prélèvement de l‘Animas River.

« Il existe de très nombreuses inconnues, dit-elle. Nous avons fait notre possible, en connaissant le risque. Est-ce  que ça va mieux pour l’Animas River ? C’est ça la question. Les relevés que nous effectuons après Silverton paraissent assez bons. »

Pour Hennis, en tous cas, Sunnyside s’est retiré à bon marché et de nombreuses failles dans la loi ont permis à cette grande entreprise étrangère -La compagnie mère de Sunnyside a été achetée il y a deux ans par le géant canadien des mines, Kinross Gold- de se soustraire à ses obligations à long terme en laissant sur place les rênes à un micro-opérateur pour prendre le relais.

« Malheureusement, les officiels ont vendu la plupart de nos droits  avec cette  série de concessions, dit-il. L’État a été totalement inconséquent. »

Un désastre annoncé ?

Hennis pensait qu’il était trop tôt pour déclarer que l’établissement de la Sunnyside était un succès, arguant des problèmes  d’absence de plan de traitement de l’eau et des coulées inexpliquées venant des mines environnantes. « Le pire scenario serait  que des voies d’eau se développent à partir de la réserve d’eau de la Sunnyside, disait-il. Qu’arrivera-t-il si la piscine de la mine se disperse dans une douzaine de voies d’eau, drainées obligatoirement en différents points de l’Aminas River et sans aucun moyen de traitement ? Ça pourrait alors prendre cinq ou six années pour retrouver la qualité de l’eau. »

Des autruches au pays des ours bruns

Et pourtant, dans cette affaire, tout le monde fait maintenant l’autruche !

La pollution aux métaux lourds ? Elle va se dissoudre dans l’eau !

Les risques de répétition de l’épisode ? On fera tout pour que ça n’arrive plus ! Quoi exactement ? On ne sait pas encore mais on va réfléchir !

Les mesures de pollution ? Ce n’est pas gênant qu’elles soient contrôlées par l’agence qui a provoqué l’accident !

Les accords avec le gouvernement pour obturer – et conserver- les réserves d’eau polluée ? Pas de problème, ils ont une base légale !

Qui est  responsable de toute cette pollution ? On ne sait pas, c’est peut-être la faute à ceux qui cassent les retenues, certainement pas à ceux qui les ont construites en laissant derrière eux des millions de m3 d’eau polluée après avoir profité des décennies durant des revenus des mines sans s’occuper de rien, puisqu’ils sont couverts par les tribunaux. Et puis depuis, ils ont vendu  !

Ce sont les Navajos (les victimes de la pollution) qui vont devoir dégager les ressources nécessaires à des études sur la pollution générée à long terme ? Pas de problème, ils seront “aidés“ et de toute manière, la pollution a déjà disparu… On se demande même si elle a vraiment jamais existé… Et puis, ce ne sont que des Indiens !

Animas river (au niveau de Aztec et Durango) et Cement creek en avril 2016
Animas river (au niveau de Aztec et Durango) et Cement creek en avril 2016
Animas river (au niveau de Aztec et Durango) et Cement creek en avril 2016
Animas river (au niveau de Aztec et Durango) et Cement creek en avril 2016
Animas river (au niveau de Aztec et Durango) et Cement creek en avril 2016
Animas river (au niveau de Aztec et Durango) et Cement creek en avril 2016
Animas river (au niveau de Aztec et Durango) et Cement creek en avril 2016

Animas river (au niveau de Aztec et Durango) et Cement creek en avril 2016

Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
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Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
Les San Juan mountains et Silverton en avril 2016
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