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Burkinis, laisse béton l’édit !

Publié le par rue du blogule rouge

Burkinis, laisse béton l’édit !

L’actualité incontournable, le débat utile et nécessaire, la priorité des priorités en France, d’après medias, hommes politiques de droite et Premier Ministre, c’est évidemment le burkini !

Mais tout d’abord, c’est quoi ça, le burkini ?

Un petit tour sur Wikipedia nous apprend que :

le burkini ou burqini (parfois francisé en burquini ou encore bourkini) est un maillot de bain pour femme couvrant le torse, ainsi qu'une partie des membres et de la tête“…

Il nous apprend aussi que :

Burqini et Burkini sont deux marques déposées par Aheda Zanetti en 2006“.

Que :

ce vêtement de bain ne couvre pas le visage, contrairement à une burqa, et se rapproche plus d'un jilbab“ …

Il nous apprend enfin que :

Il existe une grande variété de modèles comportant au moins deux pièces : un pantalon et une tunique à manches courtes ou longues ; parfois, une capuche ou un bonnet, pouvant couvrir le cou et le dessous du menton, est intégré ou fixé à la tunique, ou bien séparé. Les pieds, les mains et le visage d’une personne portant un burkini restent visibles (contrairement à la burqa qui masque le visage)“.

Et aussi que :

Les burkinis sont généralement fabriqués dans un tissu synthétique élastique, souvent un mélange d'élasthanne avec une base de nylon ou de polyester, un tissu léger et facile à sécher semblable à celui employé pour la confection des combinaisons de plongée minces“ et que “son invention  est attribuée à Aheda Zanetti,  styliste australienne d'origine libanaise, en 2003 ou 2004. Le produit est commercialisé par le biais de sa société Ahiida, mais propose aussi des modèles qui ne couvrent pas les cheveux pour les femmes qui voudraient simplement se protéger du soleil.  La marque internationale Burqini, enregistrée le 20 février 2007, est protégée dans l'Union européenne depuis le 3 mars 2008, à Singapour depuis le 7 avril 2008 et en Turquie depuis le 18 novembre 2008 ; la marque Burqini est également enregistrée en Nouvelle-Zélande depuis le 8 janvier 2009 et au Canada depuis le 10 septembre 2010. En 2016, Aheda Zanetti affirme en avoir vendu près de 500 000 en douze ans, avec des ventes en constante hausse. Le burkini est également commercialisé par des magasins sans référence islamique comme Marks & Spencer“.

Sachons enfin que :

Le burkini est approuvé par le grand mufti d'Australie, le cheikh Taj Aldin al-Hilali. Le président de l'Union des organisations islamiques de France Amar Lasfar, explique lui que « le burkini ne fait pas partie du culte musulman ». À titre individuel, il ne prône donc pas le port du burkini, mais « pour moi ce n’est pas une question de culte, mais une question de liberté. Qu’on me dise quelle différence il y a entre une tenue de plongée et le burkini ».

Le “burkini“ est une invention récente qui fait sauter les fondamentalistes au plafond. Les extrémistes salafistes le condamnent parce qu’il ne dissimule ni le visage, ni les pieds, ni les mains des femmes. Et d’ailleurs, pensent-ils, “elles n’ont rien à faire sur les plages, ni s’y promener et encore moins s’y baigner“ !

Voici donc défini l’objet du courroux de la droite française, laquelle, PS compris, s’est emparée avec délectation de ce nouveau sujet “brûlant“ : faut-il ou non autoriser ce vêtement en France ?

Le ridicule ne tue décidément pas ou les promoteurs de ce “débat“ sur le “burkini“ seraient déjà “glacides“ : glacés et livides ! La presse internationale s’est d’ailleurs aussitôt engouffrée dans la brèche pour stigmatiser le manque de libertés au pays habituellement donneur de leçons sur les droits de l’homme.

Il faut dire qu’il y avait de quoi !

Il y a peu de temps encore, les femmes “de chez nous“, rurales surtout, ne seraient jamais sorties sans un fichu ou “quelque chose“ sur la tête.   Qu’on se rappelle les nostalgiques cartes postales anciennes dont beaucoup possèdent chez eux un livre sur leur région au début du 20ème siècle par exemple. Femmes en coiffes et hommes en bérets !

C’est que depuis l’Antiquité, il fallait que les femmes fassent preuve “d’humilité“ ou de soumission en ne dévoilant pas, a minima, leurs cheveux, surtout dans la pratique des rites religieux. Car s’y mêlaient également des préceptes religieux –chrétiens- qu’il serait inutile de nier. Témoins ces quelques citations de l’Épitre aux Corinthiens (qui, à l’instar des quatre Évangiles dits “canoniques“ fait partie du corpus de textes adoptés officiellement par l’Église) :

  • "Toute femme qui prie ou parle sous l'inspiration de Dieu sans voile sur la tête, commet une faute identique, comme si elle avait la tête rasée. Si donc une femme ne porte pas de voile, qu'elle se tonde; ou plutôt, qu'elle mette un voile puisque c'est une faute pour une femme d'avoir les cheveux tondus ou rasés."(1ère épître aux Corinthiens / 11:5-6)
  • "L'homme ne doit pas se couvrir la tête puisqu'il est l'image et la gloire de Dieu, tandis que la femme est la gloire de l'homme."(1ère épître aux Corinthiens / 11:7)
  • "C'est pourquoi la femme, à cause des anges doit avoir sur la tête une marque de l'autorité dont elle dépend."(1ère épître aux Corinthiens / 11:10)
  • "Jugez-en vous-même : Est-il convenable qu`une femme prie Dieu sans être voilée ?"
    (1ère épître aux Corinthiens / 11:13)

Il a existé, c’est vrai, des lois locales pour réglementer les tenues de bain dès qu’elles sont apparues avec la mode croissante des bains de mer. Si on a pu assister alors à quelques interventions des autorités, c’était dans un sens répressif du trop grand laisser aller et de la trop grande licence des baigneuses au goût de la pensée bienséante bourgeoisie dominante.

 Illustration du Strawbridge & Clothier's quarterly (1882). Création récente, le burkini s'inscrit en droite ligne des tenues de bains occidentales du passé.

Illustration du Strawbridge & Clothier's quarterly (1882). Création récente, le burkini s'inscrit en droite ligne des tenues de bains occidentales du passé.

Mais que l’on songe à légiférer pour obliger les femmes à se déshabiller ! N’est-ce pas un comble ?

Comprenons-nous bien. Ce qui est en cause n’est pas le bien fondé de telle ou telle tenue de bain ou de ville. Il est évident que certaines pratiques dues à l’influence de certains préceptes religieux ou idéologiques n’apparaissent comme rien d’autre qu’une ineptie contraignante et rétrograde destinée à maintenir les femmes, parfois malheureusement avec leur assentiment, dans une sujétion certaine vis à vis de leur “seigneur et maître“.

La question est de savoir comment leur permettre de sortir de cet obscurantisme !

L’histoire des mœurs a montré que les femmes en Occident ou ailleurs n’ont que peu à peu gagné leur liberté vestimentaire et que les décrets, ukases ou condamnations des uns ou des autres ont toujours été en pure perte au long terme.

Ce ne sera certainement pas en promulguant des lois coercitives à l’encontre de pratiques somme toute inoffensives que l’on pourra œuvrer en faveur de la “libération“ de la femme. D’ailleurs ceux qui ont feint de choisir cet argument pour promouvoir leur credo politique, sans crainte d’amalgamer terrorisme et tenue vestimentaire, n’en avaient cure, au contraire. Alimenter les haines, entretenir le climat malsain de la dictature idéologique des fanatiques de tout poil sur tous ceux qui ne leur ressemblent pas était leur seul but, c’est là leur fonds de commerce électoral ! Même si le Conseil d’État, sollicité, n’a d’ailleurs pas pu aller dans leur sens, sous peine de contredire l’essence même du Droit !

Et si enfin on passait à autre chose ?

Le “débat“ est-il clos pour autant ? Voire ! Même si, avec l’abandon des plages à la fin des vacances, avec la condamnation par l’autorité constitutionnelle des arrêtés municipaux d’interdiction de certaines tenues de plage, on peut espérer que les medias passent à autre chose et que les polémiques s’estompent en laissant la place à des sujets plus dignes et plus directement en phase avec les préoccupations réelles de chacun : trouver du travail, avoir un salaire décent, un toit, vivre normalement en sécurité chez lui et donc en paix avec ses voisins, etc., il est certain que ceux qui avaient cru trouver là un nouveau cheval de bataille électoral ne vont pas l’abandonner aussi rapidement. Tant pis pour eux, laissons-les à leurs lubies et parlons de ce qui nous importe vraiment : la Politique, mais avec un grand P !

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