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Le calumet de l’épée

Publié le par rue du blogule rouge

Le calumet de l’épéeLe calumet de l’épée

Comment expliquer le succès de Macron aux élections ?

Voici un quidam énarque. Il est, depuis toujours, le protégé du chantre de la croissance libérale, Attali.  C’est un ancien banquier d’affaires. C’est aussi un ancien secrétaire de l’Élysée à une époque où Hollande, le président du moment, était déjà unanimement décrié. Il a été ministre de l’économie de  Valls, dont personne ne voulait plus. Il a réussi cependant à se faire passer pour un homme neuf et à faire croire qu’il pourrait révolutionner la politique de la France.

Comment ?

En parlant le moins possible de son programme ultra libéral interprété en “Révolution moderniste et simplificatrice“ et en réunissant “les bonnes volontés“ de droite et de gauche.

C’est-à-dire en réussissant le rêve de nombre d’électeurs aveuglés et naïfs, de réconcilier autour d’un calumet de la paix politique, ceux qui, auparavant, semblaient à leurs yeux se chamailler sur leur dos.  Vous savez, cette fumeuse idée de constituer une équipe gouvernementale comme une équipe de hand, de foot ou de rugby, en titularisant les plus en vue du moment à leur poste (mais sans tenir compte du jeu pratiqué) ?

Ouvrez les yeux ! Si tant de candidats aux élections législatives macroncompatibles se sont manifestés ces jours-ci, ce n’est pas par attachement au bien public, c’est uniquement par ambition personnelle. L’attrait du pouvoir est toujours aussi grand ! Et au fond, s’ils ne sont, comme ils le prétendent, “ni de droite ni de gauche“, ils sont donc en réalité  évidemment de droite ! Croyez-vous qu’ils soient, comme le prétend ici à La Rochelle Olivier Falorni, des “hommes libres“ qui exerceront leur pouvoir législatif avec discernement ? Ou bien seront-ils de bons godillots prêts à tout pour obtenir les faveurs du prince ?

La condition pour inciter les gens, majoritairement lassés de toutes les anciennes magouilles politiciennes, à les élire à nouveau, a été d’occulter sur le fond le caractère de classe de la politique envisagée. Pari réussi. Grâce à une foule d’omissions et de mensonges, petits et gros.

Des exemples ? En voici quelques uns, pêle-mêle :

Donner à croire à tous que seule est viable une société où l’argent est roi ; faire croire que la classe la plus riche fait vivre le reste de la société grâce à des investissements dans l’économie productive ; nommer “socialiste“ un parti qui n’a rien à voir avec le socialisme et a totalement et depuis longtemps renoncé à la lutte sociale ; prétendre qu’on est “en guerre“, sur notre propre territoire, à cause des attentats terroristes qui y ont été perpétrés et que seul un état d’urgence limitant les libertés peut permettre de retrouver la paix ; justifier l’austérité pour les salariés par la nécessité de rembourser “la dette“ ; dire que tout est la faute aux fonctionnaires, aux Arabes, à l’Islam ou aux immigrés, ou même, à Mélenchon, etc. Et pour mentir ou omettre, quoi de mieux que l’utilisation des médias aux mains de l’oligarchie ? Ça tombe bien, quelques milliardaires possèdent l’écrasante majorité des médias français !

Mea culpa

Le terreau qui a rendu envisageable cette acculturation politique, c’est d’abord la jachère des terrains idéologiques délaissés par la “gauche“. Des services publics, devenus objets nécessaires  de privatisation, à la lutte des classes, devenue un gros mot, combien de concepts et de grilles d’interprétation militants ont été abandonnés par les partis se réclamant de gauche ?

On a au mieux laissé faire, au pire promu les privatisations, sans sourciller. On a admis le partage des richesses en pâté d’alouette, un cheval pour les exploiteurs, une alouette pour les exploités (et d’ailleurs, on n’évoque même plus l’analyse marxiste de l’exploitation de l’homme par l‘homme). On a fait plus que l’admettre, on l’a justifiée. De la théorie du ruissellement (un peu de l’argent des Riches coulerait obligatoirement sur les Pauvres) à celle de la finance florissante qui permettrait aux autres de vivre, de la théorie de la politique de l’offre à celle des marchés en concurrence libre et non faussée, on a forcé à croire qu’il s’agirait là de la panacée indépassable, naturelle et définitive de l’activité humaine.

La propriété collective des moyens de production et d’échanges (ou de communication) pour travailler en faveur du bien commun ? On n’en parle plus !

L’idéal du progrès humain et de sa primauté nécessaire sur l’économie a été purement et simplement abandonné au profit de la domination tyrannique de l’économie de marché sur toutes les autres activités humaines. (Le travail ? Il a un coût ! L’eau ? Il faut bien payer les tuyaux ! Les hôpitaux ou la Santé ? Pas rentables ! L’École ? Trop d’enseignants, trop payés, au statut trop protégé, bref, des fonctionnaires privilégiés ! Etc.)

S’y sont ajoutés les retards accumulés par la pensée de gauche dans la prise en compte des facteurs et contraintes écologiques incontournables de la vie humaine et de celles de la planète. Certains s’accrochent d’ailleurs encore à l’énergie nucléaire ou au productivisme à tout crin et même à l’agriculture “chimique“, quelques soient leur dangerosité, leur absurdité ou leur nocivité, au prétexte qu’ils fourniraient des avantages économiques immédiats et des emplois faciles.

Les confusions de gauche à l’élection présidentielle

Depuis longtemps, les partis politiques traditionnels de gauche avaient donc failli ou même trahi.

Les uns, comme le PS, ayant de tous temps admis les dogmes de la société libérale et, en compensation d’une politique droitisée d’aggravation de l’austérité libérale,  désireux de brandir face à eux un épouvantail faire-valoir, sont même allés à la pêche aux voix sur le terrain de l’extrême droite en justifiant par exemple dans l’opinion la déchéance de nationalité, ou en laissant admettre le présupposé de la nocivité intrinsèque de l’immigration.

Les autres, comme le PCF, à la suite de l’abandon successif de tous ses principes fondateurs et aux prises avec une chute vertigineuse de son électorat, avaient fini par s’embourber dans des piteuses alliances à géométrie variable au nom de considérations foireuses dans le cadre d’une politique d’austérité généralisée, sur l’importance fondamentale d’avoir des élus et de leur action “de terrain“.

Ne cherchons pas plus loin les causes de leur explosion lors de ces élections. Ne nous étonnons pas non plus si le concept de “gauche“ lui-même a perdu toute signification réelle dans l’opinion.

Au 1er tour des présidentielles, le résultat a été que moins de 10 millions d’électeurs (9 979 461) ont voté pour un candidat de gauche ou d’extrême gauche reconnu clairement comme tel dans l’opinion (Mélenchon, Hamon, Poutou, Arthaud).

16 588 476 ont voté pour des candidats se réclamant de la droite ou de l’extrême droite (Fillon, Le Pen, Dupont-Aignan) et 9 425 279 pour des candidats (dont Macron = 8 657 326) dissimulant ou n’affichant pas clairement leur famille de pensée (Macron, Asselineau, Lassalle).

Au 2ème tour des présidentielles, si plus de 10 millions ont voté pour l’extrême droite (Le Pen = 10 637 120), plus de 20 millions (20 703 094) ont voté Macron, dont une grande partie non par adhésion à En Marche !  mais par opposition au FN ; mais il y a eu plus de 16 millions d’abstentions, blancs ou nuls (16 108 115) !    

Une seule opposition de gauche à la suite des élections législatives

L’émergence d’un mouvement citoyen récent comme celui de la France insoumise sera-t-elle suffisante pour lutter contre le capitalisme à la Macron, là où les partis traditionnels avaient échoué à lutter contre le libéralisme à la Hollande, à la Chirac ou à la Sarkozy ?

Il aurait fallu pour cela conforter la dynamique puissante de la campagne des présidentielles de la FI et amplifier aux législatives les bons résultats obtenus par le candidat Mélenchon (7 060 880 voix et presque 20%). Malheureusement, les résultats des législatives  ne sont pas venus conforter suffisamment cette position pour lui permettre de contrer efficacement Macron et encore moins de le contraindre à la cohabitation. L’érosion du score de la France insoumise à moins de 11% des suffrages exprimés, même dans un contexte d’abstention maximum constitue pour cela un résultat insuffisant ! Mais elle est désormais la seule force organisée, avec un vrai programme de gauche, à pouvoir s’opposer à l’aggravation du régime libéral projetée par Macron.

Notons l’explosion (programmée) du PS à moins de 10% des voix au 1er tour, la quasi disparition du PCF (confirmée) avec 3,3% comme EÉLV et à droite, la chute du FN à 13,9%, les républicains s’érodant à 21,02%.

À l’inverse, grâce à 32% des suffrages exprimés au 1er tour, à la trahison des cadres du PS et à celle des ambitieux de Les Républicains ou du MODEM ressuscité, grâce aussi à la tendance des électeurs à amplifier un succès électoral précédent, jointe à une communication habile qui a fait passer Macron pour une personnalité plus forte que Trump, plus maligne que May et rivale de Poutine, le mouvement macroniste obtiendra probablement la majorité absolue à l’Assemblée.

Pourquoi lutter ?

L’opinion semble indifférente ou anesthésiée. Le MEDEF est au pouvoir. Les syndicats sont, pour beaucoup, muselés. L’urgence écologique est totalement ignorée, abandonnée aux bons soins palliatifs du seul Hulot. La paix elle-même peut, dans un avenir proche, être menacée.

Alors que le gouvernement Macron/El Khomri/Valls s’en était déjà bien chargé, le nouveau président et son gouvernement l’ont annoncé : le code du travail, durant l’été,  ils vont encore détricoter ! Des 35 heures à la retraite, de la Sécurité sociale condamnée au profit des mutuelles et des assurances privées, au droit…de licencier, ils vont “libéraliser“ ; les conquis sociaux ils vont casser, à commencer par les indemnités de chômage désormais strictement encadrées ! Mais tandis que la fraude éventuelle des salariés sera pourchassée, les actionnaires, eux, pourront continuer à “optimiser“, par dizaines de milliards d’euros, leurs dividendes dans les paradis fiscaux. Quant à l’âge de la retraite, c’est sûr, il va reculer !

Et tout cela “par ordonnances“. Le Parlement aux ordres ne pourra qu’enregistrer sans avoir la possibilité d’amender !

Loin d’être le seul plat indigeste, cette casse du code du travail ne sera pourtant qu’un hors d’œuvre ! D’ores et déjà, est annoncé un véritable coup d’état, avec le passage du pays en état d’urgence permanent. Alors qu’il n’y aura plus aucune véritable opposition au parlement, sera-t-il possible encore de manifester dans la rue ? On peut légitimement se poser la question.

Ce n’est donc pas le calumet de la paix que nous allons fumer ! C’est bien celui de l’épée !

 

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