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Même fragile, un succès est un succès

Publié le par rue du blogule rouge

Une photo du journal Sud-Ouest du mardi 24 avril est particulièrement éloquente. Elle montre une affiche électorale de Mélenchon partiellement déchirée et en bonne voie de tomber en lambeaux. Elle est accompagnée du titre « Mélenchon et son Front pas si populaire que ça ». On imagine très bien qu’au dessus de l’affiche aurait tout aussi bien pu figurer une grosse pelleteuse chargée d’achever la disparition du symbole Mélenchon. Car l’entreprise de démolition médiatique est désormais en marche. Ah ! C’est qu’ils ont eu peur, les oligarques ! Sainte Pétoche leur avait sucré toutes leurs  indulgences ! Le peuple avait sorti la tête de l’eau, pris pied et s’apprêtait à émerger entièrement, encore ruisselant du combat contre l’hydre "F Haine", pour les jeter à la mer, eux et toute leur Sarkozyie capitaliste entourée de ses mouches sociales-démocrates   bourdonnant le libéralisme.

Trêve d’allégories, que s’est-il donc passé ?

Un succès objectif

En réalité, le score de Mélenchon, 11,11% est tout sauf une défaite. Il n’y a pas eu d’échec objectif.  Les communistes devraient bien le savoir, eux qui désespéraient de se relever du moins de 2% obtenu par Marie-Georges Buffet aux présidentielles de 2007. Ce ne peut être considéré comme une contre performance que par rapport à l’espoir suscité par les sondages, auxquels tout le monde a cru dès qu’ils ont été favorables, et par l’extraordinaire affluence aux meetings.

Le score obtenu par Mélenchon ne représente une déception que par rapport à des projections hasardeuses qui, peut-être parce qu’elles nous paraissaient favorables, n’ont pas été assez mises en doute. Essayons d’être lucides sur les causes de ce « manque à gagner », peut-être sont-elles autant internes qu’externes  !

Des sondages trop optimistes

Le vote Mélenchon n’a pas réalisé le score escompté ? Il est pourtant passé, dans les intentions, de 3 à 7% en septembre 2011, à 8 à 17% en mars puis à 12 à 16% en avril. Mais tout ça, ce n’étaient que des sondages. Et vous savez tous en quelle estime le Front de Gauche, ses militants, ses dirigeants, Mélenchon lui-même, tiennent les sondages. Ils ne sont pour eux ni scientifiques, ni objectifs. Ils ont des raisons pour cela. Les échantillons choisis sont parfois très minces, les interprétations données des résultats sont souvent différentes des résultats eux-mêmes qui ne sont pas toujours communiqués et les Instituts de sondages sont propriété des oligarques. Enfin, par le passé, on ne compte plus les erreurs et les décalages entre sondages et résultats réels. Et pourtant, il a suffi de 6 sondages entre le 12 mars et 13 avril (sur les 52 réalisés par les instituts de sondages dans cette même période) donnant Mélenchon devant Le Pen, pour que tout le monde, militants et dirigeants, s’enflamme, et que les adversaires politiques paniquent.

Erreur tactique ?

Est-ce que Jean-Luc Mélenchon, qui n’a pas fait beaucoup d’erreurs dans cette campagne, n’a pas eu tort alors, de pavoiser en expliquant que la bataille contre le Front national était désormais gagnée par le Front de Gauche ? N’a-t-il pas alors cédé à la tentation de gonfler les pectoraux, ces sondages venant après la leçon qu’il avait infligée à Marine Le Pen lors du faux débat télévisé où la cheftaine de l’extrême droite s’était ridiculisée ?

Facteurs externes

Pourquoi le vote Mélenchon n’a-t-il pas atteint même les plus bas scores prédits par les sondages en mars et en avril ?

De nombreux militants évoquent, non sans raison, la fameuse conspiration des médias et des autres candidats qui se seraient déchaînés contre Mélenchon dans la dernière semaine avant l’élection surtout. Tout à coup, des « affaires » qui n’en étaient pas ont surgi, le Nouvel Observateur par ci,  Metro par là, y sont allés de leur venin. D’autres, comme le journal Sud-Ouest, ont choisi le black out lors de la dernière semaine. Mélenchon semblait y avoir disparu des écrans radars !

Il faut alors se poser la question de savoir pourquoi l’électorat d’intention du Front de Gauche s’est révélé volatile au point qu’une semaine de désinformation a pu en dissuader une partie de confirmer son intention de vote dans les isoloirs. Est-ce l’attrait du vote utile pour lequel des appels ont circulé face à la dynamique du Front de Gauche ? Est-ce le manque de conviction qu’une politique de relance économique était possible malgré le consensus pro austérité de tous les partis de la droite et du PS ?

Facteurs internes

Est-ce que, en dehors de ces considérations externes, d’autres facteurs, internes n’ont pas joué un rôle dissuasif dans les esprits de certains ? Je pense aux deux thèmes abordés en fin de campagne par le candidat du Front de Gauche :

Il n’était en effet nulle part question dans le programme « l’humain d’abord », ni de mettre les pays riverains de la Méditerranée au centre d’une construction politique ou au moins diplomatique nouvelle, ni d’engager la France dans une aventure (au sens noble du terme) économique dont la mer serait l’alpha et l’oméga. Ces deux thèmes étaient personnels à Mélenchon. On peut se poser la question de leur nécessité dans la campagne.

S’agissait-il seulement de poser la personnalité du candidat et de lui donner une carrure visionnaire digne d’un président ? Si certains électeurs ont du le percevoir de cette manière, (ce fut mon cas) d’autres n’ont-ils pas été surpris par cette idée d’alliance privilégiée avec les pays du Maghreb et leur anti islamisme primaire latent n’a-t-il pas été réveillé ? De même l’idée de développer à fond les possibilités maritimes de la France n’a-t-elle pas aux yeux de certains paru constituer une preuve du caractère utopiste des propositions du Front de Gauche, comme on le leur susurrait à longueur de colonnes ?

Ces deux propositions n’ont pas été assez longuement expliquées. Les militants ne se les sont d’ailleurs guère appropriées. J’en veux pour preuve les discussions sur les réseaux sociaux ; autant les thèmes de la dette, de l’austérité, de la 6éme République ou même de la planification écologique (dans une moindre mesure) ont fait recette, autant ceux de la Méditerranée et de la mer ont été timides.

Le véritable échec

Le véritable échec dans cette campagne a été la cécité face à la montée de l’extrême droite dans l’opinion. Car, contrairement à ce que nous avons cru, l’hydre n’était pas morte et elle est repartie à l’attaque ! Sous évaluée par les sondages, boostée par les propositions de plus en plus droitières de Sarkozy et par la dédiabolisation qu’elles entraînaient, elle a été trop peu combattue par le PS, qui s’est contenté, d’ailleurs, après le premier tour, de se montrer satisfait du résultat de son propre candidat sans du tout se préoccuper d’elle. Pourtant, la candidate des  Imbéciles-heureux-qui-sont-nés-quelque-part, de la haine raciste et de l’apartheid xénophobe, est parvenue à séduire près de 20% des électeurs !

Un succès fragilisé

Si le succès du Front de Gauche est fragilisé, c’est donc plus par l’ancrage de l’extrême droite dans l’opinion que par la faiblesse supposée de son propre score, faiblesse qui n’existe que par comparaison avec des espoirs trop optimistes. Mais un succès reste un succès. C'est sur cette base, même moins forte qu'espérée, qu'il faudra  d'abord se débarrasser de Sarkozy, combattre les idées de l'extrême droite, résister aux attaques des financiers et aux plans d'austérité qui ne manqueront pas de nous menacer.

 

Patrick Job

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